Fidèle du Classic (5e visite), j'attendais cette édition avec impatience depuis des mois. Ayant dû faire l'impasse sur les 24 heures cette année, ce sera mon seul déplacement dans la Sarthe en 2026.
Ce n'était pas mauvais, mais c'était clairement décevant.
L'ACO et Richard Mille (RM) ont tenté quelque chose avec le découpage d'une formule en pleine bourre. On sent que cette sous-formule "Legends" se cherche et n'a pas trouvé grand chose en 2026. Ni en termes d'ambiance, ni en termes d'organisation et de spectacle. La faute à quoi ?
Tout d'abord, la décision de couper LMC en deux paraît logique :
- L'accumulation des plateaux en 2025 donnait une impression d'abondance, une difficulté à donner de la place et du temps de piste à tout le monde peut-être ;
- Certains viennent chercher l'ambiance belle époque, certains viennent voire des voitures de leur enfance (époque moderne, donc). Le plateau ERL était le plus populaire en 2025 ;
- L'argent, évidemment. Quand on fait carton plein aux 24 heures et que le produit dérivé fait également une grosse affluence, on prend facilement confiance en son concept.
Partant de là, tenter un Mans Classic centré sur la deuxième moitié de son histoire n'est pas insensé. Sauf que d'emblée, l'événement part en vent contraire :
- Le contexte économique fait que les gens ont moins d'argent à dépenser en loisirs et en déplacements, que les 24 heures étaient la priorité pour la majorité d'entre eux ;
- Le même contexte économique (notamment le prix du pétrole) a par ailleurs fait mal aux participants, dont les frais de participation sont conséquents. On a vu dans la presse le père Nourry dire que s'il avait su combien ça lui coûterait, il n'aurait pas participé à cette édition. On comprend pourquoi sa fille a été tenue de rester en piste jusqu'au bout malgré son diffuseur décroché, dimanche après-midi ! On a payé, on va au bout du truc !
- C'est la coupe du monde, y a le GP de Silverstone, y a l'ELMS à Imola (raison de l'absence de certains fidèles comme François Perrodo)... y a trop de trucs plus sexy aux yeux de bien du monde ;
- La chaleur, dans le contexte que l'on connait tous, a clairement effrayé ceux qui se disaient "pourquoi pas" (et retranché les présents dans les rares zones d'ombre).
Résultat : peu de monde sur la piste, peu de monde autour de la piste, rien à voir, rien à faire, rien à manger... C'était un Mans Classic "light", mais au prix fort. C'était trop cher pour ce que c'était.
Je ne crois pas que ça soit du mépris de classe, je crois que l'ACO/RM se sont tout simplement plantés. Je ne saurais expliquer sans creuser le succès du Mans Classic 2025, mais peut-être avait-il un calendrier mieux dégagé, moins de concurrence à la télé, une météo plus clémente. Un vent dans le dos qui fut interprété à tort par l'ACO/RM comme un intérêt massif pour ce qui est avant tout un "produit dérivé", et à la base un événement un peu niche avec ambiance bourgeoise.
L'ambiance était ratée. Couvrir la période allant de 1970 à 2020 ne permettait pas la facilité de l'ambiance "belle époque" originelle de l'événement. Est-ce qu'on va chercher le kitch synthwave des années 80 (oui, sur les affiches) ? Le ringard des années 90 ? Comment distinguer quelqu'un habillé dans le style des années 2000 de quelqu'un habillé à la mode d'aujourd'hui ?
Là où Le Mans Classic brillait par son effet "voyage dans le temps", cette édition Legends s'est croûtée avec la manière.
Hors piste : pas grand chose à voir ! Sans pass paddock, on se contente des clubs (qui ont très largement boudé l'événement, autant pour les prix que pour le côté "moderne" qui colle moins au côté collectionneurs je pense), du paddock NASCAR (très sympa !) et GT3 Revival (je suis un anti-ABS et anti-GT3 au Mans, je ne m'en suis pas plaint, mais pas réjouit non plus).
J'ai profité de l'événement pour aller voir le M24. Ayant fait deux fois l'ancien musée, je parlerai volontiers d'une évolution mais pas d'une révolution.
Qui a eu l'idée de mettre la Speed 8 au milieu d'une zone inaccessible, utilisée pour des scénographies, donc complètement sombre ?
Ravi de voir des F1 et IndyCar néanmoins. Un bel effort a été fait, mais je suis resté sur ma faim après être passé par le couloir qui montre les matériaux et les évolutions techniques. Parlez-moi de ces évolutions et racontez-moi des histoires ! Que s'est-il passé d'incroyable aux 24 heures du Mans 1963 ou 1977, par exemple ?
Sur piste : un peu la dèche. Une vingtaine d'autos par plateau, ça laisse le temps d'attendre entre deux passages. Et surtout, aucun plateau ou presque ne comportait les véritables stars de son époque. Si on retire toutes les Porsche du plateau 9, que reste-t-il ? Si on retire les LMP2 du plateau 10, que reste-t-il ? Elles ont toutes leurs places, mais à part une demi-douzaine d'autos, je n'ai pas vu de voitures incroyables.
La NASCAR : c'était chouette, il fallait le faire. Dans le cadre du Mans Classic ? Pourquoi pas. En tout cas j'ai aimé.
Ce que j'ai moins aimé, c'est le sentiment que l'ACO/RM et/ou les commentateurs se reposaient beaucoup sur ce plateau pour "sauver les meubles". On est conscient qu'on n'a pas grand chose à vous proposer alors regardez la nouveauté qu'on vous apporte, elle est exceptionnelle.
En bref, j'ai quand même passé un bon moment, Le Mans reste Le Mans. On se cale au Tertre Rouge ou au virage du karting avec une boisson fraiche et on profite avec ses sens. Mais le Village m'a laissé sur ma faim. Et l'action en piste également.
L'ACO/RM ont du pain sur la planche. J'ai désormais du mal à croire que la formule Heritage/Legends soit une bonne idée. À voir comment ils rectifieront le tir l'an prochain, mais il risque de falloir prendre une décision : baisser en ambition et en prix, ou revenir à un gros événement tous les deux ans. Je préfèrerais le deuxième, un maxi Le Mans Classic avec des plateaux révisés (on peut fusionner les plateaux 8 à 10 sans problème) et moins de séries moindres pour meubler (Porsche Cup Classic, à part les férus et propriétaires de la marque, qui ça passionne ?).
Plateaux 1 à 6 (et j'ai envie de dire que certains peuvent fusionner en fonction du nombre d'engagés) + Group C + Endurance Racing Legends (comprenant tout ce qui a suivi le Group C jusqu'aux Hypercar/GT3) + un invité surprise (HSR NASCAR, DTM à l'ancienne, JGTC, CanAm, ce que vous voulez), des tarifs un peu plus sensés, et je signe des deux mains !